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60ème édition du festival de Folclore de Cosquin : immersion dans la tradition argentine

Mis à jour : févr. 13

#ARGENTINE


Du 25 janvier au 2 février, la petite ville de Cosquin (région de Cordoba) célébre le folklore dans toute sa splendeur au festival Cosquin Folklore. Une occasion pour nous d’approcher la tradition argentine.


Cette semaine-là, la ville entière vit au rythme du festival. Elle se remplit de fan de musique en quête de tradition aussi bien dans la rue que dans les “peñas” (lieu de fête typique du pays). Artisans et danseur·ses en costumes traditionnels arpentent les rues. Un espace officiel est installé sur la grand'place, accessible pour 500 pesos argentins (environ 8 euros). Chaque soir, la fête est inaugurée par un feu d’artifice et voit ensuite défiler les plus grands noms du folklore argentin.


Programmations et activités


Avec les années, le Cosquin Folklore est devenu une référence pour les artistes débutants ou confirmés. Cette année sont encore présents Los 4 de Cordoba, Soledad Pastorutti, la famille Carabajal représentée par Cuti et Roberto, Fito Paez (dernière surprise de la programmation, invité pour la première fois) ... On compte aussi la présence de Los Tekis, la Mona Jiménez, Facundo Toro et Los Nocheros pour ne citer qu’eux. Ca ne doit pas vous dire grand chose alors on t’a préparé une playlist qui donne le ton (youtube par icí et spotify par-là).


La scène émergente aussi a sa place dans le festival. Le pré-festival, tremplin pour les nouvelles générations d’artistes folkloriques leur permet d’obtenir une place dans la programmation officielle. Cette année, Silvana Galli, Emmanuel Flores, Cuerdos vocales représentent entre autres la nouvelle scène musicale et dansante de la musique traditionnelle Argentine.


Un festival qui se passe aussi (et surtout) dans la rue


En plus de la programmation officielle, la tradition s’exprime véritablement dans les rues de la ville. Le premier jour, un défilé de plus de 100 écoles de danse permet à chaque région du pays d’être représentée au rythme des tambours, des flûtes et des guitares, dans des costumes riches en couleurs et accessoires.


Quelques-unes des écoles présentes au carnaval d'inauguration du festival


Dans le “Fogon Criollo”, espace culturel de la ville, une exposition permet de découvrir les grandes figures ayant participé au développement du festival. Dans la rue principale, rendue piétonne pour l’occasion, une multitude de guitaristes, groupes, danseurs et danseuses, jouent de manière spontanée pour le plaisir des passant·es qui s’arrêtent et chantent ces hymnes à leur culture. La cueca du nord (héritée de la zamacueca péruvienne) est dansée par les jeunes comme les plus vieux, on entend des airs de chamamé, de chacarera, de chant criollo (culture métissée des peuples originaires et espagnols), et les batucadas rythment la nuit.


Les peñas, bar-restaurants et rendez-vous régulier des amateur·rices de folklore profitent de l’effervescence pour enrichir leur programmation et restent ouvert toute la nuit pour rassembler les générations autour de cette richesse culturelle. D’immenses files d’attentes s'amassent devant ces lieux d’où sortent les sons typiques de la flûte, des guitares et des chants traditionnels.


Troisième nuit du festival officiel


La vie musicale de la ville est tellement intense qu’un seul jour de festival nous a permis de découvrir le folklore dans sa diversité. La famille Carabajal, Antonio Tarragos Ros, figure du chamarré avec son accordéon, Martin Paz... Beaucoup de grands noms sont présents cette nuit. Victor Velasquez, invité surprise d’Adrian Maggi et mythe du chant criollo reçoit un prix d’honneur sous les tonnerres d’applaudissement du public.


Comme chaque soir, un feu d’artifice inaugure la nuit de festival qui se tient jusqu’à 5h du matin. Sous les illuminations, le ballet Camin lance les festivités avec un spectacle de danse entre tradition et modernité, costumes et mise en scène théâtrale le tout accentué par des jeux de lumière et des vidéo projetées en fond. Une surprise, mais on commence à s’y habituer. Toute l’assemblée est assise, un seul petit espace au fond à droite est réservé au danseur. Après avoir vu l’ambiance festive de la rue, on préférerait y retourner plutôt que de rester assis jusqu’à 5h du matin...


Extrait du discours d'introduction à cette troisième nuit du festival


Le folklore, c’est des danses, de la musique mais c’est aussi les coutumes et les histoires, l'artisanat et sa nature. Adrian Maggi par exemple, seul avec sa guitare, chante de la poésie sur de la musique “surera” (musique typique de la région de la pampa), récite des contes sur fond de milonga. Une autre manière de mettre en avant le folklore qu’il considère comme “matière première, parce qu’il est notre vie”, bon… nous non plus on a pas trop compris. L’artiste nous parle de l’importance de retourner à ses racines, d’en faire la promotion pour faire perdurer l’identité, comme nous le disait Esteban de DSPE.


La nature elle aussi a sa place pendant cette nuit de festival. Antonio Tarragos Ros, présent la veille à la réunion de réflexion sur la mise en place de la loi d’enseignement du folklore dans les écoles, modifie sa performance habituelle pour le dédier à la nature. Il pioche dans son immense répertoire de chants en l’honneur des animaux (en voie de disparition), de la beauté des paysages argentins, sur fond de powerpoint (oui oui on vous jure). Il met en garde des dangers de la déforestations et de la pollution de l’eau montrant une nouvelle fois le pouvoir politique que peut avoir la musique.


Un festival aux couleurs politiques


Un événement nous le prouve également lorsqu'une manifestation contre la privatisation de l’eau en Argentine s’organise, au rythme des tambours des batucadas. Les drapeaux des peuples indigènes unis, les costumes traditionnels et les chants politiques se succèdent rappelant l’importance de préserver la nature et la nécessité de rendre accessible à tou·tes la ressource vitale qu’est l’eau.


La manifestation en vraie (bonus batucadas sur @barrioslatinos sur Instagram)


Cosquin est l’épicentre du folklore argentin, une réputation construite depuis des années. Le 20 novembre 2019, la loi de l’enseignement du folklore à l’école est approuvée par le gouvernement, fortement soutenue par les artistes du festival. Cet événement rend cette édition d’autant plus importante qu’elle devient un lieu de réflexion pour tous les acteurs du folklore.


Tradition et nature sont ainsi au centre des préoccupations politiques de cette semaine et le folklore en est le vecteur. On sort de cette 60e édition du Cosquin folklore avec le plein de sonorités traditionnelles et la tête remplie de couleurs et de ferveur populaire… Mais il reste encore difficile de définir ce qu’est vraiment le folklore. Etymologiquement, le mot folklore vient de l’anglais “folk” (peuple) et “lore” (tradition, connaissance), la “tradition du peuple”, ici “musique du peuple”. Ce serait donc l’ensemble des coutumes d’un espace donné : musique, contes, proverbes, artisanat, gastronomie, danse… Le folklore est normalement une tradition orale, et ne possède pas de nom. Mais la présence de grandes stars du folklore remet en question cet anonymat de la tradition. Les nouvelles générations se la réapproprient et la mélangent à de nouvelles sonorités compliquant la distinction entre modernité et tradition, que nous essaierons d’analyser prochainement.


Cette semaine était riche en danse, musique, gastronomie … mais son aspect touristique lui fait perdre ce côté traditionnel et populaire. On espère tout de même que cette immersion virtuelle en terre argentine te donnera la curiosité d’aller voir par tes propres moyens les particularités du folklore argentin.


Tanguy

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Graphiste : Alice Carnec