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Comme à la maison chez Vander Agency : rencontre avec Juampi alias Kismo

Mis à jour : mars 13

#ARGENTINE


Notre objectif est de te faire (re)découvrir le continent latino-américain différemment. Évidemment par la musique mais surtout grâce à des lieux et acteur·rices peu connu·es des touristes en général. L’agence Vander est l’un de ces acteurs qui te fera lever les yeux de TripAdvisor pour vivre la scène techno argentine dans ce qu’elle a de plus authentique.


8 février 2020 : deuxième "disquaire day" de Vander Agency


On a rencontré Juampi (Kismo comme artiste), DJ et fondateur de Vander lors de la deuxième édition de leur “disquaire day” un samedi aprèm dans leurs locaux. C’est dans une atmosphère familiale qu’il nous invitait à visiter sa maison et rencontrer les artistes et ami·es proches de l’entreprise. Deux jours après, il nous recevait pour boire un mate dans cette même maison pour nous raconter l’histoire de son bébé comme il aime l’appeler, Vander.


Une histoire de famille


Juampi a 34 ans, il est entré dans le monde de la musique en 2005 comme clubber. Il vient d’une famille d’artiste : son père joue du piano, de la guitare et est percussionniste, son frère est batteur, manager d’artiste et du Rockin’ Bar à Palermo (Buenos Aires), sa soeur possède son école de danse. Avec une famille pareille, ses ambitions se sont vite développées.


“Vander est mon enfant, il me suit partout : Juampi c’est Vander, Vander c’est Kismo, c’est un tout”


Il se lance ensuite comme professionnel de la musique électronique en montant son école de Djing, InSound. A l’époque, un de ses amis producteurs donnait des cours toute la journée pour gagner sa vie et ne pouvait pas travailler sur ses projets persos. Pour l’aider, Kismo lui proposa alors de se charger des cours de production au sein d’InSound pendant que lui donnerait les cours de mix. En centralisant tous les élèves, il pourrait se dédier à son art plus librement. En parallèle, l’hyperactif Juampi avait l’idée de lancer sa marque de vêtement avec un ami : les débuts de Vander.


De marque de vêtement à espace culturel


Kismo ne s’imaginait alors pas tout ce qui suivrait. Quand un ami, Marcel Pino lui proposa d’organiser une fête et d’inviter Rafael Cerrato (grand DJ argentin), Juampi qui n’avait encore jamais organisé de soirée n’a pas hésité et y a vu une opportunité de diffuser sa marque. Du succès de cette première soirée dans le sous-sol du club underground Bahrein naissait Vander, il y a 8 ans.


La marque de textile, école de djing et récente agence événementielle attire peu à peu un public d’amis puis de nouveaux artistes. C’est grâce à leur aide et à la philosophie hédoniste et familiale de Kismo que Vander est aujourd’hui devenu également une agence de booking et un studio de production.


Suffisant pour notre homme ? Oh non… Vander tient maintenant sa propre radio avec deux programmes hebdomadaires et une programmation musicale 24h/24 disponible depuis leur application (disponible sobre el Google play store). De sa maison située dans le quartier de Palermo, Kismo et l’équipe Vander enseigne, créé son contenu, organise ses événements et diffuse sa vision de la musique.



De la Techno à la jungle, énorme énergie pour cette fête du vinyle


Le modèle de développement de l’agence semble couler de source… En étant une école de DJ, Vander “créé” ses propres artistes et les envoient ensuite dans les meilleures clubs de la capitale. Pour promouvoir le “son Vander”, ils invitent des artistes et professionnels de la musique pour augmenter la visibilité et jouent exclusivement de la musique de l’agence. Les événements en clubs créent l’univers, d’autres plus intimistes comme leur fête du vinyle permettent de développer le réseaux dans une atmosphère familiale.


L’école Vander : point de départ de la philosophie


Depuis le lancement de son école, Kismo a vu passer plus de 200 artistes qui évoluent quasiment tou·tes dans les milieux de la House à la techno. Tous les artistes de l’agence viennent de cette école. De 7 à 40 ans, la plupart ont 20-25 et incarnent le futur de la scène techno argentine.


Un cours de production dans les studios de Vander à Palermo, Buenos Aires


Vander loue aussi des cabines pour des dj extérieur·es ce qui permet à la maison d’être un lieu de rencontre entre ces dernier·es et les artistes en formations. Juampi nous parle de sa vision de la musique actuelle. Selon lui, les jeunes sont trop dépendants des nouvelles technologies avec les nouvelles platines qui font perdre l’émotion pourtant au coeur du travail de DJ. “La technique ça se pratique, pas l’émotion”. Il résume le travaille du DJ à “l’art de l’égalisation” qui nécessite de développer au maximum l’ouïe. Il donne pour cela certains cours les yeux bandés, pour s’éloigner de la technique et développer le ressenti musical.


“Pour savoir égaliser il faut savoir écouter, pour cela on donne des cours les yeux bandés.”


Partager sa vision de la musique, ses connaissances, la musique qu’il aime et donner la possibilité à des jeunes passionné·es d’accéder au monde professionnel sont les objectifs qui animent Juampi. Mais il ne donnerait pas cette chance gratuitement, le manager est très exigeant. Il cherche à réaliser les rêves de ses élèves mais insiste sur le travail nécessaire à fournir. Quand lui commençait, il jouait gratuitement dans des bars pour se faire un nom. Grâce à Vander les jeunes ont tout de suite une rampe de lancement grâce aux meilleurs clubs de la ville mais tout ne vient pas facilement. Avant d’être booké·es, il exige à ses élèves de suivre une préparation optimale et a besoin d’avoir une confiance totale envers les artistes de la famille Vander. Cela s’est senti lors de leur événement : barman, community manager, photographe, responsable de la logistique… tous sont artistes et collaborateurs de l’agence.


Des sacrifices et de grandes difficultés


Si notre homme est si exigeant avec ses élèves, c’est parce que malgré son grand optimisme et son (hyper)énergie, tout n’a pas toujours été facile pour lui et Vander. Lancer un tel projet a eu un coût économique parfois difficile à supporter. “lls nous ont coupé le gaz et l’électricité en plein hiver, on a mangé des pâtes une année entière haha” se rappelle Juampi avec légèreté. Des difficultés économiques oui, mais un coût social aussi important. “Au début, personne te connaît”, et se faire un nom dans le milieu prend du temps. Difficile dans le milieu professionnel mais aussi dans une société qui stigmatise encore et toujours le monde de la musique électronique. Ce passé difficile Juampi, Franco aka nwhr et Lautaro les trois amis au cœur du projet sans qui rien n’aurait été possible, l’ont gravé jusque dans la peau, VANDER en lettre capitale sur le bras droit comme symbole des sacrifices faits pour ce projet.


Visite privée des studios de vander avec Juampi, alias Kismo, fondateur de Vander


Sans arrêter de croire en leur bébé, ils continuent d’organiser fêtes sur fêtes. Juampi qui a l’habitude de s’occuper de l'accueil des artistes, de les emmener à dîner puis faire la fête, a réussi à nouer des liens d’amitié avec des artistes locaux et européens qui permettent aujourd’hui au réseau Vander de se développer. Sans eux, il serait difficile d’organiser de tels événements. La législation est déjà compliquée, inviter de grands noms encore plus. Les artistes européen·es remplissent les clubs à coup sûr mais sont aussi les plus cher·es. Ces événements pour un jeune collectif sont à la fois très risqués et nécessaires à leur développement. Le contact facile, la tchatche de Juampi et l’atmosphère familiale en plus de l’implication totale de l’équipe à la production des événements leur ont permis jusqu’à ce jour de ne pas essuyer de gros échec.


“Plus on produit de contenus plus de gens les verront, plus de chance d’être partagés on aura.. quand quelque chose ne fonctionne pas on arrête, mais on continue d’essayer de nouvelles choses”


Après 8 ans de développement, ces difficultés paraissent loin derrière pour Kismo qui regarde aujourd’hui de l’avant et cherche de nouvelles manières de se développer.


Du business et les yeux tournés vers l’Europe


Parmi les nombreuses idées de développement de l’agence, Juampi en a une qu’il médite depuis des années maintenant. À ses débuts, il jouait une techno plus mélodique, au BPM (battement par minute, beat) plus lent, avec des lignes mélodiques plus travaillées, ce qu’il aime appeler “cinematic techno”. Après s’être tourné vers une techno plus berlinoise, sombre et dure, Kismo aimerait utiliser ses premières inspirations pour faire de la musique de film et de publicité. C’est un marché qui a peu d’acteurs et est très fermé en Argentine mais qui mérite de se développer et il aimerait en faire partie. Ce serait une excellente manière pour lui de se développer économiquement étant donné que le secteur de la musique ne vend plus de disques… et cela pourrait l’amener à se développer ensuite en Europe.


Pure Techno à la maison chez Vander agency : deuxième Feria de Vinilos, 8 février 2020


Car revenu d’un voyage à Barcelone, Ibiza, Paris, Amsterdam et Berlin la tête remplie de nouvelles idées, Kismo projette aujourd’hui de se lancer outre-Atlantique. Les opportunités lui paraissent infinie tant la scène est développée et Juampi souhaite y exporter la philosophie Vander. Selon lui, la scène européenne est très ordonnée, professionnelle, “cadrée”. Il apprécie cet aspect et s’en inspire dans son travail mais ce qui lui plait lui c’est créer des espaces familiers, accueillants où les gens se sentent comme à la maison. Un peu comme on l’a vécu à sa “feria de vinilos”. “L’Europe c’est carré, ordonné mais c’est pas organique !”. C’est cet aspect qu’il souhaite exporter.


Maintenant que Vander s’est fait un nom en Argentine il se sent prêt à tenter l’expérience, pourquoi pas à Barcelone. Il adore cette ville et la langue l’aiderait beaucoup. Il aimerait y monter son espace et diffuser sa vision de la fête, faire en sorte que son environnement s’adapte à cette familiarité qui lui est chère. “Nous on fait des barbecues pour réseauter, c’est pas du travail, c’est du plaisir, la nuit on bosse, la journée on bouffe. Une fois que quelqu’un se sent bien chez toi, il a besoin de quoi de plus ? C’est ça la vision latino-américaine je crois, en tout cas c’est la mienne”.


On a été très touchés par cette rencontre avec le boss hyperactif, obsédé et passionné qu’est Jampi. Avec le temps et malgré les difficultés qu’il a pu rencontrer, il n’a jamais renoncé et a toujours cru en cette famille qu’il a réussi à construire peu à peu. Celle-ci même qui développe maintenant les jeunes talents de la scène techno argentine pour qu’ils réalisent leur rêve et peut-être s’exportent en Europe. La stabilité de Vander permise par la diversité des services qu’elle propose et l’amour de chacun·e des artistes et ami·es pour le projet nous font croire en un avenir radieux pour l’agence. On t’invite à les suivre sur Instagram (@vander.agency) et sur Soundcloud (@vandermusiclab).


Tanguy

 

Graphiste : Alice Carnec