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Keko Fontana : “je ne suis pas du quartier”, reggaeton inclusif

Mis à jour : nov. 1

#CHILE


Carlos Salazar, alias Keko Fontana, nous vient de la petite île de Chiloé à l’entrée de la Patagonie, au Sud du Chili. Reculé de tout, il apprend à connaître le reggaeton et décidera de se lancer après un voyage d’un an en Espagne.


Que représente le reggaeton, genre urbain mondialement connu, pour un jeune artiste de la campagne, et comment se lancer comme artiste aujourd’hui en Amérique du Sud ?


Mais tout d’abord, on lui a demandé 3 raisons pour lesquelles on devrait aimer le reggaeton, on était un peu en difficulté


1. “C’est le genre qui a fait rayonner l’Amérique latine dans le monde de la musique”


2. “Il te fait danser, “perrear”“



3. “Le reggaeton est une photographie de la jeune culture latinoaméricaine d’aujourd’hui”


Le reggaeton dans l’identité d’un jeune sud-américain


On te présentait le reggaeton il y a peu , on ne reviendra donc pas sur l’histoire du genre. En ressortait, que le reggaeton a bercé les générations de latinos depuis les années 2000 et s’est installé au sommet du paysage musical. Keko Fontana ne déroge pas à la règle, “le reggaeton représente tout pour moi” nous dit-il. C’est la musique qu’il écoute en allant à l’université, en étudiant dans sa chambre, en soirée avec ses amis, en boîte quand il sort… De sa petite île de Chiloe, il nous confie que le reggaeton lui a permis de se reconnaître, de se sentir partie de la culture latinoaméricaine.


Le reggaeton unit les jeunes d’Amérique latine dans un rythme et un style dont le succès aujourd’hui ne fait plus aucun doute. C’est selon Keko un fort outil de soft power (pas sur que les présidents du MERCOSUR écoutent Bad Bunny mais leurs enfants si) puisque l’on voit son succès aux Etats-Unis et en Europe, J Balvin a même fait un concert au Maroc… Le reggaeton est partout, et est une fierté pour ces jeunes.



On lui demandait alors ce qu’il pense de la misogynie latente du reggaeton. Si le reggaeton est un étendard selon lui de la culture latino-américaine alors la misogynie en fait elle partie ? Selon lui oui, si le reggaeton est si macho, c’est parce que la culture latina l’est. Le public y est si habitué qu’il n’y fait plus attention, c’est une musique de club, pour sortir, passer du bon temps… Même si le reggaeton tend à devenir plus explicite, certains artistes comme Keko tentent de faire bouger les lignes et abordent d’autres thèmes.


Inspirations éclectiques et recherche de nouveautés


Tout ne destinait pas Keko au reggaeton. D’abord, il vient d’une petite île, loins des grosses villes. Son père est musicien, grand fan de rock, il éduquera son fils à Iron Maiden, Metallica, Bon Jovi, l’emmènera au concert de Rage against the machine… On est encore loin du reggaeton mais Keko est bercé par la musique, chante aux réunions de famille et enrichit sa culture musicale.



Sa première découverte du reggaeton se fait par son cousin qui lui montre les tout nouveaux hits vers 2006. Il plongera pleinement dans le genre au moment de monter à la jungle de ciment, comme il appelle Santiago du Chili, et là-bas découvrira les racines du genre.


5 artistes à découvrir avant de dire que t’aimes pas le reggaeton selon Keko Fontana :


  1. Daddy Yankee

  2. Don Omar

  3. Tego Calderon

  4. Ivy Queen

  5. J Balvin


Il commence à écrire, sans se prendre au sérieux il y a des années. Mais c’est à partir d’un voyage d’un an en Espagne que le projet prendra un vrai tournant. Là-bas, l’intégration est difficile. Mal du pays, beaucoup de nouveautés culturelles et au début la solitude… Mais il fera des rencontres qui le poussent à se professionnaliser. Il y produira ses deux premiers morceaux : Ventana et Independiente. A ce moment là Keko Fontana est persuadé de vouloir continuer mais sent qu’il lui manque quelque chose pour grandir davantage. Tout changera à son retour au Chili.


Une rencontre qui a tout changé, le producteur Wrillo


Motivé par ses deux premiers single, le jeune artiste revient sur ses terres plein de projets et de rêves. C’est alors qu’il fera une rencontre qui lui ouvrira de nouvelles perspectives. Lorsqu’il nous parle de son nouveau producteur, Wrillo, Keko a des étoiles pleins les yeux. “Il va être grand, pour notre projet mais pour la musique en général, c’est un vrai artiste.”.


Carlos souligne qu’on a l’habitude d’oublier l’influence musicale d’un producteur sur la carrière d’un artiste. Wrillo fait partie selon lui de cette famille de producteurs qui apportent quelque chose à l’industrie, de nouvelles sonorités, une vision. Ensemble, ils sortent le single “Baika” (bicyclette dans le jargon de Chiloe). Grâce à Wrillo, les paroles et l’instru se mêlent pour faire un tout homogène. Dans le morceau, le synthé utilisé pour le refrain a été créé par le producteur à partir de la voix du chanteur.


D’habitude, notre chanteur écrit ses paroles une fois l’instru terminée. Cette fois, c’est en totale symbiose que les paroles et la musique se sont créées, formant un tout cohérent et homogène dont se félicite Keko.


Au-delà de la démarche créative et musicale que mènent Wrillo et Keko Fontana, les deux artistes travaillent en ce moment nuit et jour à penser au projet dans sa globalité. Les deux jeunes sont conscients de l’importance de la vidéo pour faire la promotion d’un artiste aujourd’hui. Wrillo qui étudie l’audiovisuel en parallèle apporte ce savoir faire pour sortir un clip avec chaque sortie de nouveau single, quand la météo de Chiloe (pluie à peu près tout le temps) le permet.



Aussi, Wrillo est plus jeune que Keko et lui a appris l’importance des réseaux sociaux, notamment Instagram dans la construction d’un artiste. C’est à partir de ses conseils que Keko a intensifié sa présence sur les réseaux, fait des lives où il discute avec les fans de la première heure pour favoriser la proximité et ne pas se la jouer comme tous les rappeurs-reggaetoneros actuels. Le jeune chilote (habitant de chiloé) se diversifie et s’amuse aussi sur Instagram à publier les improvisations qu’ils faisaient dans les rues de Barcelone. Une stratégie qui marche au moins en terme d'engagement. Keko développe une communauté certes encore petite mais très impliquée, qui relaie tous les posts du chanteur.


Rêver grand


Keko apparaît super motivé devant sa webcam. Il nous explique travailler tous les jours à l’écriture et prépare le post-confinement. Avec son producteur, ils activent leurs contacts et ont trouvé un accord avec, surprise, un grand producteur chilien pour remixer La Baika. Pour le moment, Keko se focus sur des singles, peaufine son offre musicale pour un jour sortir l’album qui, nous l’espérons, le fera passer dans la cour des grands.



Son rêve : entrer dans le ghetto du reggaeton, être ami avec J Balvin et pouvoir ainsi se construire comme référence du reggaeton au Chili. Il voit le développement du reggaeton vers des paroles très explicites et comprend l’impression que l’on a de toujours écouter la même chose. Alors lui se concentre sur de nouveaux thèmes, cherche à parler de choses simples, du quotidien, comme une bicyclette, les relations amoureuses difficiles…. Il souhaite rendre au reggaeton ce qu’il lui a donné, un sentiment d’appartenance, et cherche à faire des thèmes qui parlent à un public en manque de repère, en manque d’identification. Mais attention, il ne cherche pas à faire de la musique politique, il salue les initiatives en ce sens mais ne souhaite pas en faire sa musique. Seulement utiliser d’autre thèmes tout en insufflant un esprit club, dansant, musique pour “le perreo” (danse du reggaeton, sensuelle quasi sexuelle), changer le problème par le fond.


Comme nous le voyions précédemment, le reggaeton unit les jeunes générations en amérique du sud même quand tu viens d’un village reculé d’une petite ile au sud du chili. Keko nous le confirme et l’isolement qu’il connaît, il en fait une force pour travailler sur une offre musicale à la fois commerciale et différente, qui parle à des jeunes comme lui qui ne viennent pas forcément des grands hubs urbains.

Les artistes de ces régions reculées font preuve de solidarité et Keko est conscient que c’est en activant ces réseaux proches qu’il saura faire la différence. On espère de tout coeur pour lui qu’ainsi, la scène reggaeton de l’ile de Chiloe explose mondialement.


Et voici la playlist qu'il t'offre pour l'occasion (si tu préfères Youtube c'est par là)



Tanguy


Si tu veux en savoir plus au sujet du reggaeton


 

Graphiste : Alice Carnec