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La capoeira, l’art de résister

#BRESIL


Pour un certain nombre de personnes, la capoeira semble être une discipline confuse et difficile à identifier. On ne comprend pas bien d’où elle vient, ni ce qu’elle est… une danse ? un art martial ? ou rien de tout cela ? Eux-mêmes parlent de « Capoeira e luta e danca, Capoeira e arte e magia”. Le mystère qui l’entoure et l’importance que semble avoir la Capoeira au Brésil nous ont donné envie d’essayer d’en découvrir plus !


L’évolution des rituels


La capoeira est une expression culturelle afro-brésilienne qui mélange la lutte à la musique, à la danse et à la spiritualité de qui la pratique. Malgré l’absence de sources sûres quant à son origine, la principale théorie révèle qu’elle viendrait d’un rite d’initiation pratiqué en Angola et nommé N’Golo, lors duquel les guerriers luttaient au son des tambours et le vainqueur gagnait le droit de choisir son épouse.


L’époque de l’esclavage

Lorsque les esclaves africains arrivèrent au Brésil, ils apportèrent avec eux leurs rituels, qui commencèrent à se mêler à ceux des peuples indigènes latino-américains, avec l’apport d’instruments locaux et de rythmes plus rapides. Il semblerait que les seules concessions accordées à ces esclaves étaient la pratique de leurs rituels et de leur culture. Derrière ces rituels et ces danses, ils dissimulaient leur entrainement à la lutte. On raconte même qu’un groupe constitué des plus vaillants réussit à s’échapper et à se réfugier dans la forêt, loin des humiliations.

D’où viennent les mouvements de base ?

Les mouvements s’inspiraient des animaux, au départ du zèbre africain puis des animaux spécifiques d’Amérique latine pour leurs techniques de défense et leur instinct de survie : l’araignée pour sa capacité à réaliser des mouvements enveloppants, le singe pour son agilité, le félin pour sa combativité et le renard pour sa ruse.



Capoeira or The Dance of War- Johann Moritz Rugendas


La métaphore de la roda (roue)


Le mouvement s’exécute en un cercle appelé roda, qui représente la garantie que les capoeristes possèdent des droits de participation de manière égalitaire et réciproque, en plus de transmettre la confiance et l’amitié entre ceux qui se regardent et se comprennent rythmiquement, face a face, dans un échange de savoirs et d’expériences. En ce sens, la roda doit se comprendre comme une métaphore de la fraternité et de la résistance culturelle. Cela signifie comprendre l’importance de se protéger et de protéger l’autre face à un environnement hostile.


L’influence africaine dans la capoeira, la cumbia et la samba de roda


De par leur origine africaine commune, on trouve de nombreuses ressemblances entre la capoeira, la cumbia et la samba de roda. La cumbia se danse en cercle, en souvenir des cérémonies funéraires qui avaient lieu pour les chefs, les princesses ou les sorciers de la tribu pocabuyana. Dans aucune des trois disciplines le centre du cercle est vide, il est occupé par un danseur, un musicien ou un capoeriste. Dans les moments spéciaux, en général à l’ouverture, c’est la musique qui occupe ce centre.


Les chansons définissent le rythme et le ton du jeu, guident la roda et les joueurs tout en racontant les histoires. Chaque membre a la possibilité de rester au centre autant qu’il le veut car comme il n’y a pas de vainqueur, il n’y a pas de fin. Dans la cumbia, les musiciens se succèdent également au centre du cercle. Le plus important est de créer l’énergie de la roda qui, dans le cas de la capoeira, se fait grâce au chant du chœur et aux claquements de mains.


Autour de ces rodas, on peut identifier les lignées des maîtres : la génération Batata pour les percussionnistes de la cumbia, la hiérarchie des Mestres dans la capoeira et la provenance des musiciens de la samba de roda.



Musique, chansons et instruments


La musique, comme on peut le pressentir, est un des instruments de la préservation de la mémoire. Les chansons parlent d’esclavage et de libération, de conflits de race, d’intégration culturelle, d’alimentation de l’âme, de philosophie de vie.


Les Ladainhas, qui sont les prières d’un seul chanteur -presque toujours le doyen des mestres présents- en ouverture de la roda, traitent souvent de thèmes comme l’esclavage, la lutte des noirs pour la liberté, les conditions de vie des populations pauvres d’aujourd’hui :


Já trabalhei na lavoura

Na colheita de algodão

Quebrei milho, cortei cana

Já sofri humilhação

(Eu sou negro nagô - Esquilo)


Les chulas, qui sont des cantiques plus rapides et parfois improvisés incluent un soliste en plus du chœur :


Ouvi um som diferente

Cheguei na perto pra ouvir

Era uma roda de gente

Tocando, tocando, eu não resisti

(Um som diferente - Mestre Beija)

Enfin, les corridos sont des phrases courtes chantées par le soliste et répétées par le chœur au moment le plus rapide des rodas. Dernièrement, le thème de l’inévitable mort de la capoeira dans les chansons ladainhas apparaît beaucoup plus fréquemment.


L’instrument protagoniste dans les rodas est le berimbau. Il est composé d’une moitié de calebasse vide et sèche et d’une corde attachée à une tige de bois et d’une petite pierre. On trouve également le pandeiro, un instrument de percussion constitué d’un cerceau de bois avec au-dessus une peau plane et quelques lames de métal. Enfin, l’atabaque est aussi une percussion d’origine indigène. Il a la forme d’un cône et a pour rôle de marquer et accentuer le rythme du berimbau.



Hector Carybe- Roda de capoeira

La présence d’instruments est-elle nécessaire ?

Beaucoup se demandent s’il ne serait pas plus pratique de substituer les instruments musicaux par des méthodes plus modernes de reproduction musicale, mais cela impliquerait une déformation de ses origines, en oubliant la reproduction des rituels afro-américains réalisés par la propre production de sons, et sa nature spontanée.


Il serait impossible pour une enceinte de suivre le déroulement des actions des capoeiristes, et encore moins de les influencer en passant par exemple d’un cantique lent et douloureux à un autre plus rapide et joyeux. En cherchant quelques thèmes, tu te rendras compte qu’il y a des milliers de versions pour chaque chanson car chaque mestre donne son interprétation personnelle.


Nous te laissons une playlist pour que tu puisses commencer à découvrir cette merveilleuse discipline et t’encourageons à aller expérimenter cette énergie directement par la pratique !



Et sur Youtube par ici !


Clara

Traduit par Thibaut


 

Graphiste : Alice Carnec