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La Pop chilienne : origines

Mis à jour : févr. 13

#CHILI


La Pop-Music (de l’anglais musique populaire) naît dans les années 60 d’un désir de distinguer les œuvres rock’n roll (pop song) de ce nouveau courant considéré comme commercial. Le mot « pop » désigne cette musique lissée et enjouée, fabrique de « pop stars » dont les ventes se comptent en millions. Le titre Yesterday des Beatles, souvent considéré comme le premier morceau de pop, reste aujourd’hui le plus repris et diffusé à la radio.


Malgré les débuts déjà remarqués de Los Prisionieros, il faudra attendre les années 90 et la fin de la dictature de Pinochet pour voir émerger une tendance musicale stable au Chili. Malgré tout, elle possède dès ses débuts les effets constatés à l’international : elle parvient à rallier les jeunes sans distinction de classe ou d’origine. La pop music parfois éloignée des revendications associées au rock’n roll, est définie par A.Soral, H.Obalk et A.Pasche comme une représentation de « la tendance à l’anticonformiste généralisée pratiquée durant les années 70 » (Les mouvements de mode expliqués aux parents.).


Bien que la pop soit toujours considérée par certain·es comme une simple production commerciale sans valeur artistique selon l'analyse des sociologues Simon Frith (Retour sur l’esthétisme de la musique pop) et Théodore Gracyk (Listening to popular music), elle possède une simplicité et une immédiateté qui lui permet de toucher des publics larges. Caractérisée par une mélodie vocale aisément mémorisable, elle possède une base rythmique dansante et légère souvent transformée à l’aide des nouveautés technologiques (claviers divers allant du synthétiseur au vocoder, filtres, effets de distorsion ou de saturation…). Ce style musical créé avant tout pour les adolescent·es propose des morceaux hédonistes, divertissants et rassurants qui leur permettent de libérer leur trop-plein d’énergie. Les textes accessibles et universels, abordent souvent le sujet des romances à l’image de Llueve sobre la ciudad de Los Bunkers.


Los Bunkers en concert

Le Chili, pays de 4200 kilomètres de large à l’extrémité de l’Amérique du Sud n’a pas connu de nombreux mouvements d’exportation musicale. Mis à part son festival emblématique « Viña Del Mar », la dictature ainsi que sa situation géographique isolée ont mis des bâtons dans les roues de potentielles renommées internationales. Selon un article d’El Pais qui analyse la scène musicale pop actuelle au Chili, le pays de Neruda, Allende y Bolaño ne reçoit une attention mondiale que lorsqu’un évènement dramatique s’y passe, comme les régulières secousses sismiques et leurs conséquences.


Or, depuis 2010, un nouvel engouement pour les artistes chiliens pop semble se développer à l’image de Javiera Mena dont l’album Mena fait partie des disques en espagnol les plus écoutés de 2010 ou encore « Un día ayer », single du premier album de Gepe qui engendre plus de 8 millions de vues sur Youtube.


Gepe

Comme l’explique Christian Ayala, le directeur de Super45 site musical de référence au Chili, « Durant les 10 dernières années, de nombreux groupes avec un talent extraordinaire ont sorti avec difficulté 4 chansons sur Myspace avant de disparaitre. Le Chili comptabilise 16 millions d’habitants, le pouvoir d’achat n’est pas la moitié de celui de l'Europe et seulement 70% de la population possède un compte Facebook. Ce qu’ont gagné les artistes qui commencent à se faire connaitre est seulement le produit d’un amour véritable pour ce qu’ils font. »


Ainsi, la plupart des labels sont des netlabels dont les disques ne possèdent pas de version physique et la reconnaissance de 4 albums chiliens à l’international en 2010 est déjà un grand pas en avant pour une publication de 70 disques notables sur l’année. L’une des raisons complémentaires, selon Ayala est la fin de la dictature de Pinochet en 1990 qui après 17 longues années de règne a permis à une nouvelle génération de créer de la musique en se détachant des revendications militantes, ainsi que de faire émerger de nouvelles pratiques telles que le téléchargement.


Cette nouvelle insouciance s’associe donc à l’histoire d’amour qui existait déjà entre le Chili et la musique pop. Diego Sepúlveda, le fondateur du label Sello Cazador, fait le lien avec le fameux festival de la chanson de Viña del Mar créé en 1960 où la pop est toujours un mot d’ordre : « De Camilo Sesto aux Backstreet Boys, tous les artistes jouaient de la pop. La pop a toujours été présente dans notre pays, mais cela nous faisait honte de l’avouer. Aujourd’hui cette honte s’est transformée en une identité générationnelle ».


En effet, l’un des groupes phares des années 80, Los Prisioneros, a fait s’implanter la nouvelle vague au Chili. « En deux ans, ils passèrent de l’influence de The Clash à Dépêche Mode, New Order et l’italo disco, sans cesser de remplir des stades ou sans perdre leur esprit contestataire face à la dictature » précise Diego Sepúlveda. Pour Javiera Mena, précurseuse du mouvement dès ses débuts en 2006 et gagnante du meilleur album pop de 2015 (Premio Pulsar de la Musica Chilena) la discothèque Blondie qui passait seulement du pur New Wave » a également été un déclic.


Ces artistes ont aujourd’hui bien grandi, et continuent d’apporter un vent de fraîcheur à la scène musicale chilienne. Nous t'avons fait une petite sélection de celles et ceux dont la musique nous a titillé l’oreille et que tu peux découvrir dans cette playlist.



Et sur Youtube par ici !


Gepe, l’un des acteurs initiaux de ce mouvement pop, nous raconte : « Tellement de choses ont changé en 10 ans que j’ai l’impression que 30 se sont écoulées. » Musicien de 37 ans né à Santiago, il s’inspire de la musique folklorique chilienne, musique des terres rurales principalement interprétée par des femmes, à laquelle il rajoute sa touche électronique. Il a sorti 4 disques depuis 2004, dont trois d’entre eux ont été édités en Espagne, mais c’est son dernier album Audiovision qui lui a valu sa reconnaissance chilienne. Sa douce voix et ses morceaux rythmés inspirés des airs traditionnels chiliens vous donneront envie de découvrir son univers léger et coloré.


Mon Laferte et sa voix suave vous emmènent dans un registre tout autre, fait d’amour et de puissance. Après avoir roulé sa bosse dans les bars de Valparaiso, elle se fait connaître travers l’émission télévisée destinée aux jeunes : « Rojo, fama contrafama » et devient la première artiste chilienne à obtenir un certificat Vevo (plus de 100 millions de vues sur une vidéo Youtube) pour son tube « Tu falta de querer » (Ton manque d’amour). C’est la même année, en 2017 qu’elle sera invitée à jouer au fameux "festival Internacional de la canción de Viña Del Mar", dans sa ville natale.


Mon Laferte

Dernier artiste que nous voulions partager, Alex Anwandter porte de nombreuses casquettes : chanteur, musicien, producteur et réalisateur... Ancien chanteur de Teleradio Donoso, il se lance en solo en 2010. Depuis, il enchaîne les récompenses, son premier étant pour le vidéoclip de Cabros élu meilleur clip du Chili en 2010. Ses morceaux rythmés dépeignent une vision intime et tendre de la jeunesse actuelle. Nous t'encourageons également à aller jeter un coup d’oeil à son film sur la scène queer à New York, « Nunca vas a estar solo » qui nous laisse présager du bon de son côté.


Alex Anwandter Ⓒ Nacional Records

Après cette écoute, peut-être entendras-tu ce qui distingue la pop chilienne de la pop en général. Selon Ana Tijoux « Le latino est plus extraverti, plus rock ou plus sexy. Le chilien est différent, plus mélancolique et timide. Peut-être que c’est dû à ça ? Je ne sais pas. »


Pour en savoir plus, nous t'invitons à lire cet article qui propose une approche historique de cette musique: https://jenesaispop.com/2011/02/03/62968/2010-el-ano-en-el-que-el-pop-chileno-exploto/.


Elise


Un peu plus sur la pop chilienne avec le concert de Yorka au théâtre Nescafé de Santiago

 

Graphiste : Alice Carnec