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Magin Díaz, l’ “orisha” des terres colombiennes

Toi aussi tu es subjugué.e par la beauté de cette pochette d’album ? Et encore, tu ne connais pas l’histoire qui se cache derrière elle… Si tu veux savoir comment s’est retrouvé un chanteur colombien de 95 ans à Los Angeles au milieu de Bruno Mars et Kendrick Lamar lors de la cérémonie des Grammys Awards, je t’invite à lire cet article. Tu feras la rencontre d’une légende colombienne qui, depuis son anonymat, a influencé toute la musique afro-colombienne actuelle et accédera à la reconnaissance qu’à la toute fin de sa vie.



Mais qui est vraiment Magin Díaz ?


Quand on sort son 1er album à 90 ans, c’est difficile de parler de révélation. Et pourtant c’est bien après avoir dépassé ses neuf dizaines que Magin Díaz a connu ses premiers enregistrements, ses premières récompenses et plus largement la reconnaissance.


Pour présenter cette légende colombienne, on pourrait commencer par son état civil. Mais même là, les choses se compliquent. Si officiellement, Luis Magín Díaz García est né en 1922 à Gamero près de Carthagène en Colombie, son registre de naissance était en réalité erroné et il semblerait que Magin Díaz était plus âgé que ce que ses papiers indiquaient. Néanmoins, il est certain qu’il a été élevé dans le milieu de la musique avec un père danseur (Felipa García) et une mère chanteuse de bullerengue (Domingo Díaz). Si sa famille lui permet d’apprendre la musique (le chant et les percussions du bullerengue et de la cumbia), la pauvreté l’oblige à travailler dans les champs et il n’apprend ni à lire ni à écrire.


Et le bullerengue dans tout ça ?


Le bullerengue est un genre musical composé exclusivement de percussions traditionnelles héritées de la culture afro-descendante en Colombie (maracón, llamador, tambora et alegre). Mené principalement par des femmes, le bullerengue est seulement préservé par la tradition orale. Ce qui en fait à la fois sa richesse mais aussi sa faiblesse. Il est largement répandu dans les communautés d'ascendance africaine dans les Caraïbes colombiennes et panaméennes.


L’anonymat et la construction de la légende :


Entre son analfabétisme et la tradition orale de ses compositions, Magin Díaz peine à imposer son nom au-delà de sa région natale depuis son village totalement isolé dans les montagnes et éloigné des grandes villes comme Bogotá, Cali ou Medellín. Sans parler du fait qu’il ne signait pas ses chansons et ne percevait par conséquent aucun droits dessus. Il abandonne rapidement l’espoir de vivre de sa musique mais continue de chanter et de jouer pour un groupe nommé Los Soneros de Gamero. Il fait le bonheur des villageois, mais sa renommée n’atteint pas le cœur de la Colombie. Pourtant ses chansons résonnent dans tout le pays : Rosa (qui est popularisée par l’interprétation de Carlos Vives), La totuma, Espíritu maligno… A partir des années 80, il est néanmoins de plus en plus invité à des festivals de musique (Barranquilla, Cartagena, Cali…) et reconnu par d'importantes institutions (Ministère de la Culture, Sayco…). De compositeur prodige mais marginalisé, il devient la grande légende de la musique afro-colombienne, incarnant le mythe du chanteur actif le plus âgé du pays et peut-être du continent.




La reconnaissance :


Les dernières années de sa vie lui permettent de réaliser de nombreuses “premières fois”. En 2012, il enregistre pour la première fois ses chansons sur un album intitulé Magín y Santiago. 2 albums suivront : Magín Díaz y el Sexteto Gamerano en 2015 et El Orisha de la Rosa en 2017. Ce dernier lui permet de gagner le prix de la meilleure pochette au Grammy Awards à Los Angeles en 2018 et le Premio Nacional Vida y Obra du Ministère de la Culture colombien en 2017.





Cet album particulier, constitué des souvenirs de Magin Díaz, résulte de la collaboration avec de nombreux artistes, illustrateurs, producteurs colombiens et plus largement latino-américains. Ils peuvent issus de la nouvelle scène colombienne (Monsieur Périné, Li Saumet du groupe Bomba Estéreo, Systema Solar), de la scène historique et traditionnelle du pays (Totó la Momposina, Petrona Martinez) mais aussi au-delà des frontières colombiennes : La Yegros (chanteuse argentine), Chango Spasiuk (accordéoniste argentin) ou encore le guitariste congolais Dizzy Mandjeku… Cet album traduit une véritable rencontre de différents univers, différentes générations et cultures autour de la musicalité du légendaire Magin Díaz. Il parvient ainsi à convoquer le passé, le présent et le futur de la musique colombienne.


Alors si tu es curieux.se de connaître l’étendue de ce travail et de t'immerger en plein coeur de la scène musicale colombienne, fonce écouter El Orisha de la Rosa de Magin Diaz ! Petit coup de cœur personnel sur Sonria de los Palmares. Et si tu veux en savoir plus sur Magin Díaz, je te conseille son site web : https://magindiaz.com.


Inès

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Graphiste : Alice Carnec