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Le Samba Reggae

Mis à jour : avr. 24

En Février, on s’est rendus au carnaval de Bahia et entre deux caipirinhas au détour d’une rue, on est tombés sur Vibra Alto. Vibra Alto, c’est un groupe de samba reggae composé entièrement de percussionnistes argentins qui nous a fait danser pendant 3h durant et a su rassembler au fil de sa procession, une foule déchaînée : bref, on est tombés amoureux. Grâce à nos rédacteurs, on a pu rencontrer Mauro, le “chef d’orchestre” du groupe qui nous a expliqué un peu plus en détail les origines de leur formation et son fonctionnement.


Samba reggae et samba afro


Le samba reggae émerge à Salvador de Bahia dans les années 70 d’un mélange de rythmes africains, de samba brésilienne et de reggae jamaïcain. A ne pas confondre avec la Batucada qui bien que composée uniquement de percussionnistes, a des origines indiennes et est né à Rio. Cette dernière a d’ailleurs bien souvent été dépréciée par un grand nombre de musiciens mais qui aujourd’hui voit naître d’illustres musiciens qui préfèrent se caractériser comme percussionnistes plutôt que “batuqueros”.


Les instruments traditionnels brésiliens donnent au samba reggae, une identité propre influencée fortement par les rythmes apportés par les esclaves d’Afrique noire. Superposition de phrases musicales interprétées par différentes sections de tambours, c’est avant tout un moment pour libérer son énergie. Les danseurs/musiciens se déplacent en ligne face à la foule qui les suit le long de leur parcours.




Mauro nous explique que ses origines brésiliennes viennent du mot Bantou, Semba signifiant mouvement qui se décline en une multitude de courants au Brésil.


Au carnaval de Rio ou dans la zone carioca, ils jouent un style qui s’appelle samba enredo. C’est plus funky, plus rapide, ça arrache et ça se termine en explosion"






"Mais à Salvador de Bahia c’est un autre style plus cadencé qui a des origines africaines et se rapproche plus de la roda (musique qui accompagne les “combats” de capoeira). Et puis il y a la samba reggae qui mélange le tempo du reggae et le rythme de la samba."





Le métissage musical ne s’arrête pas là car Vibra Alto joue également de la samba afro où les rythmes inspirés des musiques de candomblé, religion brésilienne majoritaire à Salvador, se mêlent aux tambours de la Samba. Le Candomblé, nous explique Mauro, est une religion africaine qui rend honneur à un Dieu propre à chaque ville. Mais comme l’indique le surnom de Salvador : Bahia de todos los Santos, l’émigration a amené des africains de régions très différentes, on rend donc ici culte à tous les dieux du Candomblé.


“Le mambo qui les accompagne est très fort au niveau religieux et culturel et possède des accents très différents. C’est très puissant mais c’est complètement distingué du caractère religieux”.


Malgré la ségrégation sociale encore très présente en Argentine, ces musiques habituellement jouées par les populations noires du Brésil se sont aujourd’hui étendues à l’ensemble de la population et permettent donc de créer un pont entre les catégories sociales.


Nous ne sommes qu’un groupe de blanquitos mais notre musique pourrait être une bonne introduction pour le public européanisé comme nous.”


Fonctionnement du groupe


Le samba reggae est une performance très physique et demande une organisation particulière pour s’assurer que chaque percussionniste fasse sonner son tambour de la bonne manière et ainsi instaurer une véritable harmonie. On y retrouve les surdos, les repiniques, le timbal et la caisse claire ou redoblante.


Les surdos, sont des tambours basses qui tiennent leurs origines des grosses caisses de fanfare. Ils sont divisés en deux groupes.


Les marcaçãos ou surdos du fond sont les plus graves. Ils jouent moins de notes ce qui leur permet d’assurer la pulsation pour tout le groupe et d’avoir plus de mouvement. Ces instrumentistes sont donc souvent les meilleurs danseur·ses.



Les surdos moyens (plus petits et plus aiguës) permettent d’avoir le groove qu’apporterait une basse dans un groupe de Reggae. Ils initient les variations rythmiques et assurent également la base de la pulsation. Même si leurs mouvements sont moins libres, ils assurent également une grande partie de la chorégraphie.



La répinique est l’instrument le plus aigu : il joue les éléments-clés du morceau et réalisent les appels aux changements rythmiques. En samba reggae, il se joue à deux baguettes et permet d’enrichir la mélodie des surdos.



Le timbal (à prononcer timabou), dont la technique est proche du djembe, fait le lien entre les repiniques et les surdos moyens. Ils alternent entre appels et séquences rythmiques solistes.




Enfin, la caixa, caisse-claire brésilienne au son clair et sec assure la continuité du rythme pour obtenir une homogénéité sonore. Ils marquent généralement la sous-division des rythmes et apportent cette sensation que tous les tambours s’accordent sur un même rythme.



Chaque mesure est tenue selon l’effort physique qu’elle requiert mais les morceaux suivent toujours une structure passant d’une introduction à une partie de groove ou de swing durant lequel la tension monte, pour à la fin tout lâcher. Il y a d’ailleurs souvent un “faux final” sur lequel on surenchérit en terme d’énergie et de volume sonore.


Mauro permet à toute cette énergie d’être canalisée afin de créer une osmose entre les membres du groupe et ainsi arriver à la transmettre au public. Et comme il nous l’a confié, bien que le samba reggae soit devenue plus internationale, entre autre depuis la visite de Michael Jackson au Brésil dans les années 90, il est fortement conseillé d’aller faire un tour dans sa ville d’origine pour retrouver la véritable force de ce style musical qui te laissera comme Mauro, le coeur rempli de vitalité et d’amour.


Et pour connaître l’histoire du samba reggae raconté par des femmes c’est par ici


Un immense remerciement à Mauro pour ses explications, retrouvez son interview ici !


Sophie, Tanguy, Elise

 

Graphiste : Alice Carnec