• Barrios Latinos

Santeria - les Orishas chantent à Cuba

Il y a une semaine, Inès a eu l’occasion de te parler dans un article (que tu peux retrouver ici) de Magin Diaz, l’orisha des terres colombiennes. Je te propose aujourd’hui de découvrir une autre facette de la vénération musicale des Orishas, cette fois ci à Cuba ! On va parler de santeria, de polyrythmies, et de ferveur, alors viens répéter en cœur ces refrains divins !


Mais qu’est ce qu’est un Orisha ?


La révérence s’impose aujourd’hui dans mon écriture, car nous sommes en train de parler de divinités ! Les Orishas sont vénérés depuis des centaines d’années dans de nombreux pays à travers le globe. Leur culte est apparu en Afrique de l’Ouest, plus précisément au Nigéria.


Mais ce qui nous intéresse aujourd’hui c’est Cuba. La croyance dans les Orishas s’est propagée en Amérique Latine par la traite des Noirs. Les populations d’Afrique de l’Ouest se sont retrouvées déplacées de force, ont dû s’adapter à un nouveau milieu, mais leurs croyances ont survécu. Elles ont muté, se sont transformées, et la religion yoruba originelle s’est mêlée à Cuba à la religion catholique des colonisateurs, afin d’éviter une totale assimilation. Ce processus « syncrétique », cette adaptation des croyances, a donné naissance à la Santeria, la « voix des saints », qui est donc une religion polythéiste afro-cubaine, très populaire encore aujourd’hui.


On comprend donc mieux cette référence aux Orishas sur le continent d’Amérique Latine !



La musique omniprésente dans le culte


Ces cultes autochtones vont avoir une grande influence sur la culture de l’île.

Les croyances très anciennes ont forgé immensément la vie quotidienne des habitants, anciens esclaves, qui gardent cet héritage africain dans leur cuisine, leur médecine, leurs fêtes… et leurs chants ! Car chanter est essentiel dans la religion santeria : on chante pour la prière, le sacrifice, la divination, la gratitude. Pour les adeptes, chanter a un grand pouvoir, appelé « aché », le pouvoir de faire que les choses se réalisent !


On va de plus jouer de la musique lors de grands événements publics, organisés souvent aux domiciles des adeptes. Il va s’agir d’appels à la réunion, à la fête ou à l’unité lors de circonstances difficiles.


Il peut être utile de noter l’omniprésence à travers le monde de la musique dans les rites religieux : qu’il s’agisse des gospels, des messes catholiques, des appels à la prière musulmans, des chants à la gloire de Krishna chez les Hindous, le chant est partout ! Une preuve de plus du caractère divin de la musique…



Des invocations polyrythmiques


Mais que chantent précisément les Cubains lors de ces rites musicaux ? Il s’agit essentiellement d’appels aux Orishas, qui doivent par ces chants s’incarner dans leur groupe et les bénir de leur présence. A chaque Orisha correspond un chant et une danse particulière, et un rythme spécifique.


Car la musique santeria est avant tout rythmique. Faite de polyrythmies complexes, omniprésentes dans la musique d’Afrique de l’Ouest, elle s’appuie essentiellement sur les tambours Bata. Ils sont toujours joués en groupes de trois, avec trois tailles différentes, auxquelles vont correspondre différents styles de jeu.


Ces tambours vont avoir pour enjeu de s’adresser aux dieux Orishas : les sons des peaux tendues sont censés reproduire la langue Yoruba, celle utilisée dans les champs Santeria. C’est une langue tonale, ce qui signifie qu’à chaque mot correspond une hauteur précise, qui elle seule permet la compréhension. Cela ne participe qu’à rendre cette langue et cette musique encore plus riche !


L’héritage de la musique santeria


Ces chants traditionnels ont eu une importance non négligeable sur les musique des Etats-Unis, notamment le jazz. Les polyrythmies et les tambours ramenés dans les valises des émigrés cubains ont ainsi eu beaucoup d’influence sur la façon de jouer des batteurs de jazz. Ceci ne fait qu’augmenter la dette énorme qu’a une grande part de la musique Occidentale quant au patrimoine musical africain.


Je veux finir en te partageant une interprétation plus contemporaine de la santeria par le groupe Okonkolo, mené par le percussionniste et prêtre yoruba new yorkais Abraham « Aby » Rodriguez. Les musiques rituelles santeria sont actualisées, et combinées à des influences jazz et des orchestrations classiques somptueuses. De la même manière que la santeria est le fruit du métissage entre les croyances ancestrales africaines et la religion catholique, la musique de ce groupe est le résultat d’un métissage fécond. C’est sublime, ça part dans des envolées mystiques, on est à la croisée des chemins, avec le jazz qui rencontre les polyrythmies et la santeria. C’est chaudement recommandé !

On finit donc notre voyage avec la chanson Yemaya, qui est une ode à l’Orisha de la mer.



J’espère que cette escapade du côté d’une musique cubaine peu connue t’aura plu !


Sur ce, o dabọ ! (Au revoir en yoruba)


Yanis

20 vues2 commentaires

Posts récents

Voir tout
 

Graphiste : Alice Carnec